Category: Ex Libris

Ex Libris // New Canadiana :: Benjamin Brandes, Daniel Brandes & Andrea Young – 49th & Chester // Through the Window & the Wood

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This binate work of words and sounds is hermeneutically intoned through aural glyphs. The poetry of Benjamin Brandes seems to be comprised of component phrases that are rooted to fundamental truths as poetic phonemes painted from the palette of the moth’s wings: the penchant of auricular stillness. Coupled with the (in)audible compositional stirrings of Daniel Brandes and the musical whispers of Andrea Young, this poetry becomes embedded in an attenuated ideophonic terrene where both subject and medium are one and the same; presentational amorphisms structured by syntax and let loose to conquer the vast stillness in the space behind our eyes and between our ears.

Ce travail binaire combinant les mots et les sons est entonné herméneutiquement par des glyphes oraux. La poésie de Benjamin Brandes semble composée de fragments de phrases qui prennent racine dans des vérités fondamentales comme des phonèmes poétiques peints depuis une palette d’ailes de phalènes, révélant un penchant pour l’immobilité auditive. Cette poésie, jointe aux vibrations composées (in)audibles de Daniel Brandes et aux murmures musicaux d’Andrea Young, se retrouve dans un mince écrin d’idéophones terreux où sujet et médium se confondent : l’amorphisme présenté est structuré syntaxiquement avant d’être libéré pour envahir l’immobilité étendue dans l’espace derrière nos yeux et entre nos oreilles.


Andrea Young, Daniel Brandes, and Benjamin Brandes – Dwelling 2 (excerpt)


Andrea Young, Daniel Brandes, and Benjamin Brandes – Dwelling 11 (excerpt)

Ex Libris :: Geoff Pevere – Gods of the Hammer: The Teenage Head Story

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From Hamilton to Toronto and beyond, Gods of the Hammer is a journey through the ups and downs of Teenage Head. With a basement-born work ethic Teenage Head emerged in the late 1970s with an urge to react against the “old ways of making noise”. This reaction was propelled by sites that helped build a scene around the band. The Ontario College of Art, the basement of the Colonial Tavern on Yonge Street, and the Horseshoe Tavern.

Pevere is present in the story of Teenage Head, as a fan both then and now. He cuts in with thoughts on and memories of the band then and now. We experience the release of Teenage Head in 1979 when the recorded album was though to not match the intensity of the band’s live show. Today, Pevere tells us that the album has reached “classic status.” His “ears hear it differently now than they did back then.”

Punk’s place in popular music history is full of stories about sounds and scenes in New York and the U.K. but Canada remains fairly undocumented and under-appreciated. This is changing for the better with the help of Gods of the Hammer.

De Hamilton à Toronto et plus loin encore, Gods of the Hammer est un périple à travers les hauts et les bas de Teenage Head. Avec une déontologie qui a vu le jour dans un sous-sol, Teenage Head a émergé dans les années 70 avec une forte envie d’aller à l’encontre des “anciennes méthodes de création du son”. Cette réaction a été amorcée par des sites qui ont contribué à créer une scène autour du band comme l’Université de l’École de l’art et du design d’Ontario, le sous-sol de la Colonial Tavern sur la rue Yonge et la Horseshoe Tavern.

Pevere est un fan, alors et maintenant, avec une présence intégrale dans l’histoire de Teenage Head. Il s’interpose avec les pensées et les souvenirs du groupe, alors et maintenant. On revit [la sortie de Teenage Head en 1979] (https://www.youtube.com/watch?v=v45OxMvZOpQ, lorsqu’il était dit que l’album studio n’accotait pas l’intensité des représentations en direct du groupe. Selon Pevere, l’album est aujourd’hui considéré comme un “classique”. Ses “oreilles l’entendent différemment qu’ils l’entendaient dans le temps.”

La place du punk dans l’histoire de la musique populaire est abondante d’histoires de sons et de scènes provenant de New York et du Royaume-Uni, mais le Canada reste non documenté et sa vraie valeur échappe à plusieurs. Mais, avec l’aide de Gods of the Hammer, la situation est en train de changer pour le meilleur.

Ex Libris :: Lines of Work: Stories of Jobs and Resistance

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Fuck work. Fuck feeling like shit and falling asleep at the wheel and almost crashing your truck. Fuck chronic pain and its accompanying short fuse that affects your relationships with friends, family, and lovers. Fuck not having a dental plan. Fuck the capitalist mechanization of care work that generates worker apathy and ableist assumptions about the elderly. Fuck depression, but first fuck the job insecurity and hounding poverty that keeps it so strong. Fuck the colonial borders that divide and destroy so many families. Fuck not-for-profits that mistake their neoliberal ethos for radical subversion. Fuck the managerial decisions that force genderqueer people to use washrooms that are not of their choosing (fuck gender binaries). Fuck racism and its constant, bone grinding assaults. Fuck misogyny and its ever-close companion patriarchy. Fuck how exploitive managerial techniques echo the emotional abuse and economic vulnerability that so often traps people in domestic violence. And fuck the alienation that tells workers there is nothing they can do about any of the above.

Misogyny is everyone’s labour issue. Racism is everyone’s labour issue. The continued colonization of Canada and the maintenance of colonial borders is everyone’s labour issue. Lines of Work is a collection of beautiful testaments from people who are working everyday, constantly negotiating these tandem oppressive systems lodged in the sludge of capitalist machinery. Lines of Work shares what workers do against the deadening, indefinite assaults of labour’s daily grind and the possibility for resistance in the very process of encountering something unknown and seemingly limitless. We can look at Goliath and tremble – sometimes there is no other choice – but well aimed rocks can accomplish incredible things.

Fuck la job. Fuck manqué avoir un accident en s’endormant au volant parce qu’on se sent comme de la marde. Fuck la douleur chronique qui nous rend agressifs avec nos proches, nos amis et nos amants. Fuck pas avoir d‘assurance dentaire. Fuck la mécanisation des services de santé qui entraîne l’apathie chez les employés et les préjugés découlant du capacitisme à propos des personnes âgées. Fuck la dépression, mais surtout, fuck la précarité d’emploi et la pauvreté rampante qui la nourrissent. Fuck les frontières coloniales qui divisent et détruisent un nombre incalculable de familles. Fuck les groupes sans but lucratif qui prennent leur philosophie néolibérale pour une subversion radicale. Fuck les décisions administratives qui forcent les personnes genderqueer à utiliser des salles de bain qui ne correspondent pas à leur identité (fuck le binarisme des genres en passant). Fuck le racisme et ses attaques qui nous broient les os. Fuck la misogynie et son horrible p’tit copain le patriarcat. Fuck la façon dont les techniques de gestion exploitatrices font écho à l’abus émotionnel et à la vulnérabilité économique qui confinent trop souvent les gens dans une situation de violence familiale. Et fuck le cynisme qui fait croire aux travailleurs qu’ils ne peuvent rien faire contre tout ça.

Nous sommes tous concernés par la question de la misogynie dans le monde du travail. Nous sommes tous concernés par la question du racisme dans le monde du travail. Nous sommes tous concernés par la colonisation constante du Canada qui maintient les frontières coloniales. Lines of work est une collection de poignants témoignages de gens qui luttent chaque jour contre ces systèmes oppressifs qui se chevauchent, embourbés dans la gadoue du capitalisme. Ce recueil parle du combat quotidien mené par les travailleurs contre les assauts incessants et abrutissants de la corvée qu’est le travail, ainsi que de la possibilité de résister face à quelque chose d’inconnu et d’apparemment sans limites. On peut continuer de trembler devant Goliath, on peut rarement faire autrement; mais parfois, une roche bien placée peut accomplir de grandes choses.

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Ex Libris :: Guillaume Morissette – New Tab

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In New Tab, Morissette maintains a quotidian focus, and the effect is one of bittersweet boredom and comfort in familiarity. Protagonist Thomas navigates empty employment, abortive courtships, and casual substance abuse; it’s an old landscape, arable for a type of solidary ease, but not much more. Comfort invites inertness, and inertness invites lack. In response, Morissette proffers a Seinfeldian zen as panacea. He gives the void a bear-hug (might as well get cozy with your most enduring companion), and in his embrace, absence starts to look an awful lot like substance. Sure, a steady diet of bad beer and worse hangovers might not be enough in the conventional sense, but when you think about it, it’s not not enough, either. The universe abides, man.

Dans New Tab, Morissette continue de s’intéresser au quotidien en dépeignant le confort de ce qui est familier et la douce amertume de l’ennui. La vie de Thomas, le protagoniste, est ponctuée de relations avortées, du manque d’emplois et de consommation occasionnelle de drogue. C’est un ancien paysage, parfait pour une certaine aisance solidaire, sans plus. Le confort invite l’inertie, et l’inertie amène le manque. Pour réponse, Morissette présente comme panacée une zénitute Seinfeldienne. Il donne un gros câlin au vide (aussi bien être à l’aise avec son compagnon le plus persistant); et dans cette étreinte, l’absence se met à ressembler énormément à de la substance. C’est sûr qu’au niveau conventionalité, une routine de mauvaise bière et de gueules de bois encore pires n’est peut-être pas suffisante, mais quand on y pense, ce n’est pas pas suffisant non plus. C’est simple, l’univers approuve.

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Ex Libris :: Roland Pemberton – Magnetic Days

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Flowing like a perfectly lucid day, this adroit body of poetry is boldly personal and principally concerned with observing the public. Roland Pemberton’s “Magnetic Days” is flush in athletic motifs and cryptic references to the city, the seasons, ephemeral relationships and dubious art. The short poems accelerate effortlessly—phrases break into a lyrical run and just as readily reach a choreographed stop. In this creation he takes on a flaneur-esque slant that is clear-minded and hyper-observant. However the work is not free of vulnerability, allowing for the, at times unexpectedly funny, narrating voice to encourage an easy empathy. The diverse collection ends with its eponym, an optimistic explanation of the good fortune that is a “magnetic day.”

Fluide comme une journée parfaitement lucide, cet adroit recueil de poésie est audacieusement personnel et s’intéresse principalement à l’observation du public. « Magnetic Days », de Roland Pemberton, est rempli de motifs athlétiques et de références cryptiques à la ville, aux saisons, aux relations éphémères et à l’art douteux. Ces courts poèmes accélèrent aisément, sans le moindre effort; des phrases s’élancent dans une course lyrique et réussissent un arrêt tout aussi chorégraphié. Dans cette création, l’auteur adopte un point de vue de flâneur urbain qui est clair d’esprit et hyper-observateur. Pourtant, l’œuvre n’est pas sans vulnérabilité, permettant à la narration d’encourager une empathie facile, et ce, parfois même de manière amusante. Cette collection diverse se termine avec un poème éponyme qui fait office d’explication optimiste de la bonne fortune qu’est un « jour magnétique ».

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Ex Libris :: Jerry Levy – Urban Legend

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In many legends past, we learn of the various misfortunes inflicted by the ever-vigilant and preying monsters, just waiting for a lapse in character or wrong location. Consider the loup garou, the irreligious prey of the devil. These stories are passed along as a guide – don’t do that, live carefully, and you’ll be safe.

Jerry Levy’s urban legends do not just tell of how scary the external world is, but of how scary you can be to yourself. The pain, confusion, and stress endured daily in attempting to navigate this world while judging, pressuring, and at times defeating yourself. Levy draws attention to the ill-examined and scariest monster, the self.

Nombre de légendes du passé racontent les divers malheurs infligés par des monstres alertes guettant leur proie, à l’affût de la moindre erreur de jugement qui la mènerait au mauvais endroit. Le loup-garou est considéré comme la proie irréligieuse du diable. Ces histoires sont transmises comme on transmet de précieux conseils : ne faites pas certaines choses, soyez prudents et vous serez en sécurité.

Les légendes urbaines de Jerry Levy ne montrent pas seulement à quel point le monde extérieur est effrayant, mais également à quel point on peut l’être pour soi. On endure sans cesse la douleur, la confusion et le stress du quotidien tout en tentant de naviguer dans ce monde en jugeant, en se faisant pression et en se décourageant parfois. Levy attire l’attention sur le monstre le plus terrifiant et le moins bien connu, soi-même.

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Ex Libris :: Dumb #4 and #5

Georgia Webber - Dumb #4 and #5

Many conversations right now focus on written and typed words as increasingly common methods of communication. What if those were your only way to communicate every day, for 23 and three-quarter hours? Georgia Webber’s zines Dumb issues 4 and 5 describe her mostly mute life in comics – from treading through bureaucratic bullshit in order to grasp a bit of disability pay to feeling sad that she can’t greet acquaintances on the street. These comics contain fewer words than the earlier issues; images immerse the reader in her life. This gives the comics a dreamy quality and a heavy sense of silence, as if coming up for air while swimming and hearing distorted and distant voices through water-filled ears. Though her hearing is unaffected, her reduced ability to communicate seems to isolate her. Georgia’s images – in red, black and white – are (unsurprisingly) packed with information and cues. The sometimes scribbled-out, often half-obscured text of English with smatterings of French works to focus readers on body language – blushing cheeks, and inexpertly-read lips.

En ce moment, de nombreuses conversations portent sur des moyens de communication de plus en plus communs : les mots écrits et tapés. Et si, 23 heures et trois quarts par jour, c’était votre seul moyen de communiquer? Les numéros 4 et 5 du zine Dumb de Georgia Webber contiennent des bandes dessinées qui jettent un regard sur sa vie essentiellement silencieuse; du cirque bureaucratique qui se dresse entre elle et ses prestations d’invalidité jusqu’à la tristesse qu’elle ressent de ne pas pouvoir saluer ses connaissances lorsqu’elle les croise dans la rue. Ces bédés contiennent moins de mots que les numéros précédents; Georgia se sert des images pour plonger le lecteur dans sa vie. Cela donne aux dessins une qualité onirique et une lourde impression de silence, un peu comme remonter à la surface pour une bouffée d’air lorsqu’on est en train de nager et que les voix autour de nous semblent distantes et déformées à nos oreilles remplies d’eau. Bien qu’elle n’ait pas de problèmes d’ouïe, Georgia semble isolée à cause de ses moyens de communication limités. Ses dessins en rouge, blanc et noir sont remplis d’information et de signes. Le texte, en anglais avec des bouts de français par-ci par-là, est parfois gribouillé et souvent à moitié obscurci afin de guider l’attention du lecteur sur le langage corporel : joues rougissantes et lèvres maladroitement lues.

Georgia Webber - Dumb #4 and #5

Ex Libris :: Chrix Morix – Sometimes We All Fall Apart

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Part chemi-spherical retelling of road-warrior blues, part anthemic overture to the lovely weight of heartstrings, worries, and anxieties, Chrix Morix–resident bass player in Saskatoon’s Slow Down Molasses, the slow-core embodiment of the region’s endless sprawl–recounts his experiences on tour and away from home during his 2012 pilgrimage to the hallowed grounds of Europe’s antiquated countenances in his self-published work, ‘Sometimes We All Fall Apart’.

Lamenting the comforts of home, Morix’s biographical prose shines with the youthful vigor of middle-age. This is not so much a tour diary as it is a decidedly unabashed glimpse at what it means to feel fulfilled and the compromise that oftentimes accompanies such an intricate balance between contentedness and euphoria. Although the context of his retelling is cast in the vestige of trans-continental geo-lovery, these tales draw attention to the importance of the self-valuation of raw experiences as they morph into memories that are immortalized by irrevocable bouts of nostalgia for pang, gut-ache, and torn denim. Like a reverent cartographer tracing the tracks of time across coloured markings on papered histories, Morix maps the sutures of his travels through Belgium, Netherlands, and the United Kingdom all the while remembering that ‘anything truly worth remembering is always a little painful’.

Chrix Morix, bassiste des Slow Down Molasses de Saskatoon- l’incarnation lente de l’étendue infinie de la région, raconte ses expériences en tournée et loin de chez lui durant son pélerinage aux terres bénies des contenances démodées de l’Europe en 2012 dans son travail auto-publié, “Sometimes We All Fall Apart”, en partie adaptation chimio-sphérique de la mélancolie des voyageurs et en partie ouverture comme un hymne au poids charmant des cordes sensibles, des inquiétudes et des angoisses.

En regrettant les conforts de la maison, la prose biographique de Morix brille avec la vigueur juvénile de l’âge mur. Il ne s’agit pas tout à fait d’un journal de tournée mais plutôt d’un clin d’oeil éhontés à ce que cela signifie de se sentir accompli et le compromis qui accompagne souvent cet équilibre complexe entre la satisfaction et l’euphorie. Malgré le fait que le contexte de cette adaptation soit conçu dans le vestige de l’amour-géo transcontinental, ces récits attirent l’attention sur l’importance de l’estimation par soi-même des expériences pures lorsque celles-ci se transforment en souvenirs immortalisés par coups irrévocables de nostalgie pour les crampes, les maux d’estomac et le denim déchiré. Comme un cartographe respectueux qui trace les empreintes du temps à travers les marques colorées des histoires en papier, Morix désigne les sutures de ses voyages à travers le Belgique, les Pays-Bas et le Royaume-Uni tout en se souvenant que “les choses qui valent la peine de s’en souvenir sont toujours un peu pénibles”.

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Ex Libris :: Dean Garlick – Chloes

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We often have the sensation of feeling as though we did not actually do something. Our memory recalls a person that is apparently ourselves, the facts we have more or less converge on it being us but nevertheless it feels as though it was a different person altogether. I couldn’t have done that?

Dean Garlick poses this question in Chloes. A Montreal bank clerk, Chloe Fortin is forced to experience herself in the present, while grasping what it is to be connected to your former self. With the arrival of a parakeet and the departure of a person, Chloe moves from past to present reconciling what it means to be oneself in flux. Accompanied by illustrations by Nicole Legault, Garlick weaves the narrative of an individual understanding the nature of the self as fractured but connected through the continuation of one’s body.

On a souvent le sentiment d’avoir fait quelque chose sans pourtant l’avoir faite. Une personne qui est supposément nous-même nous revient en mémoire, avec les faits de la chose qui convergent et démontrent qu’il s’agit bien de nous et pourtant, quelque chose indique que c’était quelqu’un d’autre. J’ai pas vraiment fait ça, moi?

Dean Garlick pose cette question dans Chloes. Commis dans une banque montréalaise, Chloe Fortin est confrontée à son soi présent tout en essayant de comprendre ce que c’est d’être connecté avec la personne qu’elle était auparavant. Avec l’arrivée d’une perruche et le départ d’une personne, Chloé passe du passé au présent, conciliant ce que ça signifie d’être soi-même dans un même flux. Agrémenté des illustrations de Nicole Legault, Garlick tisse le récit d’une compréhension individuelle de la nature du soi fracturée, mais connectée à travers la continuation corporelle.

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Ex Libris :: Claire Lacey – Twin Tongues

Claire Lacey - Twin TonguesClaire Lacey - Twin Tongues

A Western teacher far in the Eastern hemisphere. She is unprepared for the monsoon season, for her skin getting all sticky with humidity, for the betrayal of her umbrella. A strange lost bird in her apartment – a crow – mocks the very concept of the teacher’s teachings with relentless “Fuck you! I’m a crow! Fuck you! I’m a Crow! Fuck you! I’m a crow!…” Twin Tongues is a tale of English the colonist, the alien species that eradicates the native fauna only to discover its own alienness.

English is pervasive; it is easy to take its reach even to the most remote corners of the world for granted. Sometimes we vilify the tongue and blame its evil nature for the death of other languages. At other times we feel aggravated that not everyone in the world speaks English when we try and talk at them. How should one feel about this language? It’s so confusing!

Twin Tongues – a chaotic blend of fragmented narration and poetry – personifies this confusion. English becomes a thoroughly well-intentioned lady who is on a mission to teach the tongue in Papua New Guinea, where Tok Pisin, a pidjin derivative of English, is already the primary lingua franca (By the way, Papua New Guinea has more indigenous languages than any other country – over 820. We learn that the conception of Tok Pisin helped the local population retain its own identity in the time of colonization. Now English is diluting this identity yet again).

But back to our nice lady – she is doing the best that she can. She is nursing a cursing crow back to health. The bird’s repetitions of the heroine’s native phrases sound ridiculous and arbitrary. You know that feeling when you say a word over and over until you are unsure if that word has any meaning? How bizarre that we have collectively agreed to call particular combinations of sounds English. Does it even matter that in its dreams the local crow speaks English?

La langue anglaise étant omniprésente, il est facile de la voir étendre ses tentacules dans les recoins les plus éloignés de la planète. Nous jetons parfois le blâme sur celle-ci lorsque vient le temps de trouver un coupable responsable de la disparition d’autres langues. Il nous arrive parfois de sentir un certain agacement lorsque les interlocuteurs anglais sont aussi rares qu’une pluie dans le désert. Être ou ne pas être anglophone? Que de confusion.

Twin Tongues, un amalgame chaotique de prose et de poésie, personnifie cette confusion qui nous envoûte. Dans les pages de cet ouvrage, la langue anglaise prend les traits d’une vieille dame, pleine de bonnes intentions, partant propager la bonne parole en Papouasie Nouvelle-Guinée. Dans cette île du Sud se parle déjà un dérivé de l’anglais, le Tok Pisin, considéré comme la lingua franca du lieu. D’ailleurs, on compte 820 langues indigènes en Papouasie Nouvelle-Guinée, un nombre beaucoup plus important qu’ailleurs. Là-bas, le Tok Pisin était un moyen d’assurer la défense de l’identité locale, lors de la colonisation du territoire. On assiste aujourd’hui à un nouvel épisode d’anéantissement identitaire, sous l’égide de l’anglais.

Mais revenons à notre dame. Elle survit du mieux qu’elle peut. Elle offre des soins à un corbeau ayant perdu toute reconnaissance. Les mots de l’héroïne sonnent ridicules et arbitraires lorsqu’ils sortent de la bouche de l’animal. Avez-vous déjà eu le sentiment de répéter un mot ad nauseam, pour ensuite ne plus savoir s’il avait une quelconque signification? Le fait que la collectivité ait donné le nom d’anglais à un groupe de combinaisons sonores est bizarre. Dans ses rêves, le corbeau local est anglophone. Et alors?

Claire Lacey - Twin Tongues